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MSR, Musée Sain MSR, Musée Sain


Place Saint-Sernin. Tél. : 05 61 22 31 44. Ouvert 7/7. 10:00-18:00. Gratuit pour les - de 18 ans. Gratuit pour tous chaque 1er dimanche du mois.


Une lampe inédite originaire d'Afrique du Nord




Lampe au chien après restauration. Photo : © Materia Viva
Lampe au chien après restauration. Photo : © Materia Viva
L. 18 ; l. 10 ; H. 10,8
IIIe siècle de n.è.
Afrique du Nord. Acquise en 2004.
Inv. 2004.1.1

Ensemble de lampes puniques, du VIIe-VIe siècle avant n.è. (à gauche) au IVe-IIIe siècle avant n.è. (MSR).
Ensemble de lampes puniques, du VIIe-VIe siècle avant n.è. (à gauche) au IVe-IIIe siècle avant n.è. (MSR).
Dès la découverte du feu, l’homme tenta d’en apprivoiser la lueur. Véritable marqueur chronologique dans le cadre des fouilles, la lampe est née du besoin de poursuivre les activités humaines au-delà des lois naturelles, vaincre la pénombre… comme la peur. Les hommes du Paléolithique ont utilisé des pierres creusées qui accueillaient la graisse animale servant de combustible ; en témoignent les lampes taillées dans le grès, découvertes dans la grotte de Lascaux.
Durant toute l’Antiquité classique, les lampes en terre cuite ont été produites de manière quasi-industrielle. Il n’en fut pas de même, bien entendu, pour les lampes de bronze, très onéreuses, qui doivent être considérées comme des objets de luxe. Le verre, enfin, fut également mis au service de la fabrication de ces objets du quotidien ; mais malgré son incessante démocratisation, ce matériau de synthèse demeura lui aussi bien plus onéreux que l’argile.

 

Ensemble de lampes grecques : en bas, trois lampes attiques à vernis noir (fin du Ve – IVe siècle avant n.è.) ; en haut à gauche, une lampe hellénistique tournée provenant de l’Isthme de Suez (IVe-IIIe siècle avant n.è.) ; en haut à droite, une lampe hellénistique moulée à poucier en S de Délos (fin du IIIe-début du IIe siècle avant n.è), MSR.
Ensemble de lampes grecques : en bas, trois lampes attiques à vernis noir (fin du Ve – IVe siècle avant n.è.) ; en haut à gauche, une lampe hellénistique tournée provenant de l’Isthme de Suez (IVe-IIIe siècle avant n.è.) ; en haut à droite, une lampe hellénistique moulée à poucier en S de Délos (fin du IIIe-début du IIe siècle avant n.è), MSR.
Les lampes découvertes en Afrique du Nord

En Afrique du Nord, les lampes puniques de Tunisie, mises au jour dans les tombes de Carthage, étaient posées sur des assiettes et renvoient au rite ancestral de l’offrande au mort. Descendantes directes des lampes de Phénicie (Liban actuel), ces luminaires, façonnés au tour et parfois recouverts d’un engobe rouge, n’étaient encore que de simples coupelles dont les becs permettaient la pose de mèches qui baignaient dans le combustible.
 

Á partir du IVe siècle avant notre ère, Carthage commença à importer des lampes grecques. Durant les deux siècles suivants, les productions de Corinthe, d’Étrurie, de Grande Grèce ou de Sicile, caractérisées par leur vernis noir, envahirent les étals de la grande cité punique.

Lampes romaines à bec angulaire orné de volutes : à gauche, lampe du premier quart du Ier siècle avant n.è.  (Constantine – ancienne Cirta, Algérie) ; à droite, lampe de la seconde moitié du Ier siècle de n.è. (Thyna – ancienne Thaenae, Tunisie), MSR.
Lampes romaines à bec angulaire orné de volutes : à gauche, lampe du premier quart du Ier siècle avant n.è. (Constantine – ancienne Cirta, Algérie) ; à droite, lampe de la seconde moitié du Ier siècle de n.è. (Thyna – ancienne Thaenae, Tunisie), MSR.
Dès la conquête de l’Afrique par Rome, les lampes moulées romaines, importées ou même copiées par des ateliers locaux, s’imposèrent sur le marché.  Surtout, le réservoir fut obturé. On évitait par ce moyen la perte accidentelle de l’huile tout en se protégeant de la gloutonnerie des rongeurs qui venaient la laper et, bien entendu, des insectes nocturnes qui pouvaient s’y noyer.
Le médaillon central représenta alors un moyen de création pour les divers ateliers. On le moulait à partir d’un modèle sur terre cuite ou sur métal. Ce médaillon pouvait également être surmoulé, à partir d’un modèle déjà en place sur une lampe, et donc présenter une moindre qualité dans les détails.

À partir du IIe siècle, apparemment, les ateliers de lampes implantés sur les actuels territoires de la Tunisie et de l’Algérie produisirent à très grande échelle et irriguèrent les marchés africains. Ces officines, qui étaient peut-être des succursales de grandes firmes italiques, exportaient à leur tour, notamment vers l’Italie méridionale. Les signatures portées à la base des luminaires sont, pour la recherche archéologique, des indices fondamentaux qui aident à mieux comprendre la diffusion des types, la mise en place de datations et, parfois, les origines des ateliers.

 

Photo : © Materia Viva
Photo : © Materia Viva
Une lampe rare

Cette récente acquisition du musée, attribuable à un atelier d’Afrique du Nord, peut être datée du IIIe siècle.
Le médaillon du réservoir de la lampe est caractérisé par un décor plastique imposant représentant un chien couché au corps en haut-relief et à la tête relevée, en ronde-bosse. À en croire ses oreilles rabattues vers l’arrière et son expression hostile, l’animal donne l’impression d’être dérangé durant son repos. Il ne fait aucun doute que l’auteur de cette belle figurine a soigneusement prit soin d’observer ce fidèle compagnon de l’homme alors qu’un événement quelconque vient rompre la quiétude de son repos, source de la démonstration de son agressivité spontanée et naturelle. Le collier orné que ce chien arbore permet de constater qu’il n’est en rien une créature errante mais, au contraire, un animal de premier choix, destiné à la chasse (munus), activité noble par excellence. Ses articulations sont soulignées de fortes incisions et sa queue caractérisée par une décoration en arêtes de poisson qui forment un écho aux motifs des palmes du bec.
Des incisions rayonnantes évoquent les longs poils qui ourlent la bordure des oreilles, ceux des pattes et des mâchoires. L’œuvre fait preuve d’une très grande maîtrise et d’un grand raffinement dans les détails, confirmé par le motif en relief des côtes, subtilement évoquées, à l’arrière de l’animal.
L’anse, cannelée, est surmontée d’un réflecteur qui prend la forme d’une grande feuille d’acanthe, anciennement brisée et dont les deux fragments ont été recollés. La base est ornée d’un sillon de contour et deux sillons concentriques qui encadrent un décor constitué de trois paires de cercles incisés, réunis par une ligne en accent circonflexe. Au centre, une marque d’atelier en creux : CLOMLO.
Son bec est caractérisé par un galbe souligné de deux volutes, traitées sous forme de palmes et qui encadrent une palmette centrale, rectiligne, placée dans l’axe du trou de mèche.
Deux lampes, seulement, peuvent être mises en parallèle avec cet exemplaire. L’une des deux, découverte à Bordj Djedid, appartient au musée du Bardo, à Tunis (1) ; la seconde est conservée au musée de Cherchel, en Algérie (2). Ce n’est cependant plus un chien qui surmonte leur réservoir mais un lion. Si l’on peut déplorer la perte des anses pour ces deux derniers objets, le fauve est quant à lui, sur les deux exemplaires, bien conservé et se rapproche fortement du chien de notre luminaire : même position, tant du corps que de la tête, traitement des poils identique, dessin des yeux similaires.
Les mêmes types de feuille d’acanthe et de bec se retrouvent sur une autre lampe tunisienne de même époque, elle aussi conservée au musée du Bardo, et provenant de l’antique Thysdrus, aujourd’hui El Jem  (3).
Enfin, les marques ornementales formées de cercles réunies par une ligne en forme de v se retrouve sur quelques modèles (4).

Cette série de luminaires nord-africains et l’exemplaire du musée Saint-Raymond proviendraient-ils du même atelier ? Des analyses d’argile permettraient de mieux considérer cette question. Celle qui fut utilisée pour notre lampe, riche en dégraissant, est brun clair. Des traces rouges, visibles lors de l’acquisition de l’objet, majoritairement sur la partie supérieure de celui-ci, pouvaient faire penser à un engobe originel. Il n’en est rien ; la restauration de la lampe a permis de reconnaître une cire, appliquée sur les sédiments lors d’une précédente intervention. Cette couverte moderne devait masquer les concrétions salines et sédimentaires qui recouvraient toute la surface de la lampe et qui ont été éliminées lors de la restauration (5).

(1) Deneauve, Lampe de Carthage, Paris 1969, p. 215, n° 1066  et Pl. XCVII. 
(2) J. Bussière, Lampes antiques d’Algérie, n° 3681, Montagnac, 2000.
(3) De Carthage à Kairouan, 2000 ans d’art et d’histoire en Tunisie, cat. exp., Paris, 1983, p. 211, n° 210.
(4) Deneauve 1969, p. 195, n° 928, Pl. CXI ; Bussière 2000, n° 3521 (lampe de Philippeville) et 3575 (lampe de Lambèse).
(5) Cette restauration a été menée par le laboratoire Materia Viva en avril 2005.
 


 

Photos : © Materia Viva
Photos : © Materia Viva

Lampe au chien avant et après restauration. Photos : © Jean-François Peiré et Materia Viva
Lampe au chien avant et après restauration. Photos : © Jean-François Peiré et Materia Viva

Texte de Pascal Capus (MSR).

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