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Place Saint-Sernin. Tél. : 05 61 22 31 44. Ouvert 7/7, de 10:00 à 18:00. Gratuit pour les - 18 ans. Gratuit pour tous chaque premier dimanche du mois.


Une figurine représentant Éros




L'Éros du musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse. © Jean-François Peiré
L'Éros du musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse. © Jean-François Peiré
H. 43,5 ; l. 20,07; P. 9,03.
IIIe-IIe siècle avant n.è.
Ile d’Égine (Grèce). Acquis en 1899.
Inv. 25908

Les figurines grecques en terre cuite

Le terme de coroplathe, qui désigne un fabricant d’objets en terre cuite, provient du mot koré (jeune fille) et platô (modeler). Et ce sont bien ces images de jeunes femmes graciles qui imprègnent, durant la période hellénistique, l’histoire des figurines grecques en argile. Déposées en très grand nombre dans les tombes, ces œuvres le sont également dans les sanctuaires, prioritairement ceux dédiés à des divinités féminines.
 
Quelques grandes figurines en terre cuite, datées de 1000 avant notre ère environ, ont été découvertes, en Crète comme en Grèce continentale. Les plus anciennes statuettes humaines (anthropomorphes) ou animales (taureaux et béliers) apparaissent vers la même date, surtout à Olympie. Au VIIIe siècle peut-être, ce site s’enrichira de chars attelés et de figurines masculines aux bras levés.

En Béotie, les tombes révèlent, à partir de la fin du VIe siècle, des sujets inspirés par la vie quotidienne, sources d’information importantes. Cette région représente un centre de production de figurines en terre cuite entre le VIe siècle et la fin du IVe siècle avant notre ère. La nécropole de Tanagra commence à livrer, pour cette période, un certain nombre d’exemplaires. Mais alors que le moule n’y est encore utilisé que pour les visages féminins, le modelage demeurant la technique traditionnelle, ailleurs en Grèce, deux valves sont en général employées.

Les coroplathes grecs vont aller plus loin, dans le courant du IVe siècle, en moulant parfois la figurine en plusieurs parties (appelées « abattis ») qui sont assemblées avant cuisson.

Un moule abîmé peut également servir de modèle pour la fabrication d’un nouveau ; il s’agit donc d’un surmoulage qui nécessite parfois une reprise au niveau de certains détails, à l’aide d’outils, avant de concevoir un nouvel exemplaire à partir de cette seconde version.

Au IVe siècle, des « danseuse voilée » associées à des vases, entre autres, font des ateliers béotiens un terrain d’expérimentation pour les figurines en ronde-bosse qui, conçues en trois dimensions, vont prendre totalement possession de l’espace. La Macédoine, parallèlement à Tanagra, Athènes et Corinthe, est elle aussi productrice d’un grand nombre de figurines à partir de la seconde moitié du siècle.

Après 350 avant notre ère, dans les sanctuaires grecs voués aux Thesmophories (fête en l’honneur de la déesse de l’agriculture, Démeter, et de sa fille, Perséphone), les très nombreuses figurines de femmes aux bras levés en signe de prière (orantes), offrant un porcelet ou apportant une hydrie à la divinité sont désormais associées à des jeunes filles drapées avec élégance, à la mode de l’époque, des jeunes hommes, des enfants, des acteurs de la comédie. Alors que les figurines s’exportent, tout comme, très certainement, les moules, la grande sculpture fournit certains modèles. Les couleurs sont éclatantes, l’or participe même à la polychromie de certaines œuvres.

À partir des modèles fournis par Tanagra, d’autres ateliers, hors de la Grèce continentale, produisent à leur tour de nombreuses figurines : Alexandrie puis, en Asie Mineure (Turquie actuelle), Myrina, Smyrne et Tarse.


 

Vase plastique à l'effigie d'Eros (MSR, inv. 25907). Photo : © Jean-François Peiré.
Vase plastique à l'effigie d'Eros (MSR, inv. 25907). Photo : © Jean-François Peiré.
Dans le monde grec, le dieu Éros personnifie le sentiment amoureux en même temps que le désir. Un grand nombre d’auteurs antiques le reconnaissent en tant que fils d’Aphrodite, déesse de l’amour. Cependant, Hésiode, auteur d’une célèbre généalogie divine, la Théogonie, en fait le fil de Chaos (l’« Abîme »), une entité qui existait avant même la naissance des dieux et du monde. C’est ainsi qu’Éros sera souvent considéré comme le premier être, né avant toute autre créature.
Son culte se rencontre sur les pentes de l’Acropole d’Athènes, où une fête lui était consacrée au printemps et dans des gymnases. Mais son principal sanctuaire était celui de Thespies, en Béotie, pour lequel l’un des plus grands sculpteurs du Ve siècle avant notre ère, Praxitèle, avait conçu une statue.
Éros est beau, jeune, ailé ; il porte une couronne de fleurs et décoche ses flèches en direction des cœurs.
À Athènes, au IVe siècle avant n.è., des ateliers athéniens conçoivent des vases plastiques grâce à la mise en œuvre de moules, eux-mêmes fabriqués à partir de prototypes en argile. Éros y est associé à l’univers féminin par sa présence sur les réceptacles à parfums, les lécythes.

Plus tard, entre les IIIe et Ier  siècles avant n.è., de très nombreuses figurines en terre cuite le représentent sous les traits d’un éphèbe ou bien d’un enfant. Il peut aussi prendre l’aspect d’un dieu musicien et jouer des cymbales, de la cithare, de la lyre ou du tambourin.
 

Photo : © Jean-François Peiré
Photo : © Jean-François Peiré

L’Éros d’Égine

L’Éros du musée Saint-Raymond, élégant et féminin, proviendrait d’Égine, une île située dans le golfe Saronique, au sud de l’Attique. Cette provenance semble confirmée par la couleur de la pâte et la polychromie résistante, associées à l'intégration d'objets, qui caractérisent bien, en effet, ce centre de production. Le dieu est ici couronné de lierre et coiffé d'une sorte de chapeau plat à bord découpé et relevé.
L'ensemble a été fabriqué à l’aide de plusieurs moules. Le tout a reçu un engobe (enduit à base d’argile) blanc et une polychromie encore suffisamment conservée pour que l'on en comprenne la répartition : le bleu recouvre le corps, les plumes, la draperie ; le rouge est utilisé pour le contour des ailes et la lyre.
L'allure générale, qui anime la statuette, rattache celle-ci à l'esthétique du grand sculpteur du IVe siècle avant n.è. : Lysippe.

En 2007, une intervention* sur l’œuvre  a révélé les traces d’une restauration moderne :
  • brisées ou disparues, les ailes originales ont été remplacées, probablement à la fin du XIXe siècle, époque de grand engouement pour ce type d’œuvre, par les appendices actuels ;
  • au-dessus du trou d’évent (permettant le dégagement des gaz et de la vapeur d’eau lors de la cuisson), dans le dos, un colmatage et des abrasions, bien visibles, correspondent peut-être à l’emplacement de l’orifice qui permettait de suspendre la statuette à l’époque antique ;
  • le bras gauche, de couleur et de texture différentes par rapport au buste, comme le bras droit, a très certainement été refait afin de soutenir la cithare dont la clef arrondie, disposée au sommet du bras gauche de l’instrument de musique, est une restauration moderne ;
  • le drapé a été de toute évidence repris et, comme pour toutes les parties apparemment « modernes », est caractérisé par la forte présence d’un engobe.
En conclusion, l’examen de cette grande figurine, a permis au restaurateur de constater que les éléments pouvant être considérés comme authentiques sont les suivants : la tête, le torse, la partie droite de la cithare, les jambes ainsi que les pieds, malgré le recollage de ces derniers éléments.

Les traces d’engobe qui subsistent sur toutes ces parties originales sont par ailleurs bien moindres par rapport à celles visibles sur les éléments ajoutés par l’ancienne restauration.


* Cette restauration a été confiée, en octobre 2007, à Gianpaolo Nadalini dont nous reprenons ici les observations.
 

Photos : © Jean-François Peiré
Photos : © Jean-François Peiré

Restitution hypothétique des ailes et de la polychromie originelles (d'après l'étude de Clemens Schmidlin). Photo : © Jean-François Peiré
Restitution hypothétique des ailes et de la polychromie originelles (d'après l'étude de Clemens Schmidlin). Photo : © Jean-François Peiré

Texte de Pascal Capus (MSR).

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