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MSR, Musée Sain MSR, Musée Sain


Place Saint-Sernin. Tél. : 05 61 22 31 44. Ouvert 7/7, de 10:00 à 18:00. Gratuit pour les - 18 ans. Gratuit pour tous chaque premier dimanche du mois.


Statue du Jupiter à l'aigle



Un Jupiter à l’aigle
provenant d’Avignonet-Lauragais

Calcaire
122 cm (Base : H. 23 cm ; L. 29 cm ; P. 33 cm. Sculpture : H. 99 cm ; L. 29 cm; P. 30 cm)


(c) Daniel Martin/MSR
(c) Daniel Martin/MSR
Le musée Saint-Raymond a acquis, aux Etats-Unis, une sculpture importante au mois de décembre 2011. Elle a bénéficié d’une restauration avant son installation au second étage de l’institution toulousaine. Lors de son arrivée chez Sotheby’s New-York, la statue était étiquetée : « soldat français de la fin du XVIIIe siècle ou soldat napoléonien »… l’aigle peut être apparemment trompeur ! Florent Heintz, vice-président du département des Antiquités chez Sotheby’s New-York, sut, dès qu’il la vit, rattacher l’œuvre à la période romaine. Cette sculpture est une œuvre provinciale qui imite les grands modèles copiés et diffusés par Rome.

La statue est en calcaire fossilifère ou coquillier blanc. Dès son arrivée au musée, Sophie Reynard-Dubis, directrice de l’atelier de restauration des musées de Toulouse, a établi l’état sanitaire de cette ronde-bosse. L’œuvre présentait un aspect hétérogène, certaines zones étant couvertes de dépôts foncés : crâne, épaules, parties supérieures des mains, de la base, pieds et serres de l’aigle. L'examen en loupe binoculaire a révélé qu’il ne s’agissait pas de salissures mais d’une couche de lichens, encore bien vivants, tendres et aisément détachables de la roche. Cette dernière apparaissait fragilisée et légèrement pulvérulente, sans doute attaquée par des acides organiques produits au cours du métabolisme des lichens; l’enlèvement de ces végétaux, sous loupe binoculaire, a donc été suivi d’une consolidation afin de rendre à la roche sa cohésion.
D’autre part, comme l’attestaient les tests réalisés, la statue renfermait sur toute sa surface des nitrates provenant sans doute du sol dans lequel elle était enfouie. L’absence de pulvérulence et d’efflorescences permit de déduire que ces nitrates n’étaient pas, ou plus, très actifs. Des résidus de colle, sur le plan de cassure de l’attribut tenu dans la main droite (le foudre), autorisaient l’hypothèse d’un fragment anciennement collé et aujourd’hui perdu.

(c) Daniel Martin/MSR
(c) Daniel Martin/MSR
Description
Le personnage représenté est nu ; la disproportion de la tête par rapport au corps est renforcée par une coiffure épaisse qui se poursuit en une barbe abondante.
La chevelure est composée de mèches traitées au ciseau, parallèles au niveau des tempes puis obliques, avant de former deux niveaux superposés de boucles grossières qui retombent sur les épaules. Elles couvrent la nuque où un bris ancien ne permet pas de savoir sous quelle forme s’achevait cette parure capillaire imposante.
La tête n’est pas coiffée d’un chapeau circulaire, comme on pourrait l’imaginer à première vue, mais caractérisée par un crâne juste dégrossi qui s’oppose aux généreuses boucles latérales ainsi qu’à celles de la frange qui évoquent la traditionnelle couronne du dieu omnipotent.

Le front est fortement bombé. Deux sillons glabellaires, très accentués, forment un V à partir de la racine du nez. Sous des arcades sourcilières saillantes et rondes, les paupières supérieures lourdes et imposantes couronnent des yeux trop grands et légèrement globuleux dont l’iris est marqué par un léger sillon tandis que l’usure et la granulométrie de la pierre ne permettent pas de distinguer si la pupille était, elle aussi, incisée.
Des cernes creux profonds vieillissent le visage et le « squelettise ».
Sous le nez, petit et fin, la moustache s’évase en vagues et rejoint la barbe dans l’axe de la bordure externe des yeux.
Cette barbe est traitée, dans sa partie antérieure, à l’image de la couronne capillaire encadrant le front, à partir d’une série de gros trous de trépan qui crée un rythme plastique fort et dynamique. Elle se divise en deux parties au niveau du menton mais cette division est maladroitement placée, désaxée par rapport à l’axe du visage et déportée vers notre droite.
Le cou est très court et, de profil, la tête, recollée suite à la décapitation accidentelle de l’œuvre lors de sa découverte, semble engoncée dans le torse. L’épaule droite, nettement plus basse que la gauche, permet cependant de donner une relative aération à la tête.
Le bras droit est plié à angle droit et la main est bien percée sur toute la largeur afin de pouvoir y ficher le sceptre, en bois voire en bronze.

(c) Daniel Martin/MSR
(c) Daniel Martin/MSR
Corps et attitude

Dépendant d’un bloc de pierre qui convenait peu à la mise en œuvre d’une ronde-bosse de moyen format, le sculpteur ne fut pas en mesure de donner l’ampleur et la respiration caractéristiques des grandes effigies divines dont le corps et les membres prenaient aisément possession de l’espace. S’efforçant de faire preuve de la plus grande fidélité possible aux grands modèles véhiculés par Rome, l’artisan dû plaquer tout autant l’aile droite de son aigle contre la jambe du dieu que les bras de ce dernier.  
Le rapport entre la tête et le corps est étrange ; le corps correspond à  peine à trois fois et demie la hauteur de la tête. Torse et jambes, qui devaient dans le canon du sculpteur grec Polyclète, mesurer la même hauteur (soit trois fois la hauteur de la tête pour le torse comme pour les jambes), sont ici disproportionnés : les jambes semblent tassées et bien trop petites par rapport au torse.
Néanmoins, à l’image d’une typologie remontant au Doryphore de Polyclète, l’épaule droite est plus basse (trop basse) par rapport à l’épaule gauche ; le corps repose sur la jambe droite tandis que la gauche est en mouvement, portée vers l’avant, genou plié. Tandis que le bras droit est maintenu le long du corps, le bras gauche est relevé. Ainsi, le rythme en chiasme traditionnel est-il respecté : jambe droite au repos et bras gauche relevé / jambe gauche en mouvement et bras droit détendu.
Le torse de notre Jupiter montre un schéma musculaire correct ; davantage, par exemple - si l’on peut proposer une comparaison avec un autre exemple provincial – que le dessin anatomique d’un torse masculin, conservé au musée lapidaire de Notre-Dame de Lamourguier, à Narbonne (1). Mais il faudrait également prendre en compte le matériau ne permettant peut-être pas autant de souplesse dans le modelé.
Notre Jupiter arbore des pectoraux, le grand arc de la cage thoracique et des grands droits bien ajustés. Certes, la ceinture abdominale est un peu trop marquée et engendre un ventre rebondi.

Le dos est insolite : deltoïde, omoplates, grand dorsal et muscles fessiers que l’on retrouve, par exemple, disposés de manière tout à fait « orthodoxe » dans l’Hercule de bronze de Bordeaux, deviennent ici si schématiques que les trois lignes grossières, par ailleurs asymétriques, donnent bien plus une impression de bourrelets graisseux et l’image d’un individu davantage en surpoids que tonique.
Le manteau est porté sur l’épaule gauche et un grand pan de ce vêtement retombe de manière très rigide jusqu’à la base. Le vêtement adopte une forme quadrangulaire bien plus proche du pilier de soutien que du drapé souple d’une étoffe. Á la base du drapé est encore conservé un tenon en fer. Emmanuelle Boube a signalé le même type d’accroches présentes sur certains fragments du Trophée de Saint-Bertrand-de-Comminges. Seul le pied gauche est visible, chaussé d’une sandale du type de la crepida. La présence de l’aigle a économisé au sculpteur la tâche de représenter le pied droit.
Une ligne incisée est visible sur la face gauche ainsi qu’à l’avant de la base ; elle forme un angle droit et court sur une hauteur correspondant aux 2/3 du dé de support de la statue et sert d’appui à l’inscription frontale. Elle ne se poursuit pas sur le côté droit. Les trois grandes lettres IOM renvoient à la titulature Iovi Optimus Maximus ou bien, dans le cas moins probable d’une œuvre votive pour laquelle le datif est privilégié : Iovi Optimo Maximo. Le nom latin JUPITER, composé du vieux vocatif latin IOU et PATER, a remplacé le vieux cas nominatif latin IOUS.

Un lieu de découverte : le Marvail à Avignonet-Lauragais

Découverte à l’extrême fin de l’année 1902, la sculpture a immédiatement fait l’objet, le 6 janvier 1903, d’un communiqué adressé par le docteur Louis de Santi, propriétaire à Avignonet, au baron Desazars de Montgailhard, membre de la Société Archéologique du Midi de la France à Toulouse. Ce dernier fait donc part de ce communiqué le 13 janvier, en séance de l’Académie. Nous apprenons qu’un ouvrier pelleversait (labourait à la bêche) le champ de luzerne situé au lieu-dit Marvail, sur la commune d’Avignonet. La tête se serait détachée lors du « travail d’extraction maladroitement conduit ». Le texte rapporte également  la présence des « deux mutilations anciennes, l’une à la partie inférieure de la jambe gauche, qui a fait disparaître une partie du coup-de-pied de ce côté, l’autre à la foudre que tient le dieu de sa main droite…segment antérieur…brisé » et qui « manque depuis longtemps » (2).
L’historien de l’art Salomon Reinach, célèbre conservateur des musées nationaux, publia un dessin de notre Jupiter qu’il fait malencontreusement provenir du Lot-et-Garonne (3). Le dessin de S. Reinach a été exécuté d’après une photographie fournie par Emile Carthailhac, illustre préhistorien et conservateur du musée Saint-Raymond. L’avant du foudre, tenu dans la main droite par le dieu, a bien disparu, le dessin portant témoignage avec une grande précision des motifs formés au niveau du bris.

Le champ où fut découverte la statue. Photo : MSR
Le champ où fut découverte la statue. Photo : MSR
Une statue de culte provenant d’un sanctuaire rural ?

Dans son communiqué, le docteur Louis de Santi précise que l’œuvre a été découverte à fleur de terre, « dans un champ qui borde la rive gauche du canal du Midi, à quelques mètres du pont de Marvail et au-dessous de la métairie qui porte ce nom. « Il précise qu’à cet emplacement « s’élevait autrefois une église dite de Sainte-Marie-de-la-Platte ou de la plaine, disparue au XIVe siècle » (4).
Avec la statue, sont revenues des pierres grossières « qui ont sans doute servi de moellons…et d’assez nombreux fragments de briques à rebords » (5).
En 1978, l’universitaire toulousain Michel Labrousse signalait la découverte de vestiges gallo-romains dans le cadre des travaux de terrassement de l’autoroute Toulouse-Narbonne, à 1500 mètres au sud-est d’Avignonet-Lauragais, près de la ferme du Marbail (sic). Un follis de Constantin, frappé à Lyon en 314-315 y a également été mis au jour (6). Si ces signalements ne permettent pas d’avancer une quelconque datation de la statue, il confirme le témoignage du docteur Louis de Santi qui évoquait des fragments de tuile antique dans ce secteur.

D'après Google Map.
D'après Google Map.
Le territoire d’Avignonet-Lauragais dans l’Antiquité
 
Michel Passelac, chercheur au CNRS, étudie depuis déjà de nombreuses années la voie de communication prépondérante entre Méditerranée et vallée de la Garonne via la vallée de l’Aude et de l’Hers, connue sous le nom de voie d’Aquitaine.

(c) Carte géologique de la France
(c) Carte géologique de la France

Situation de la Voie d'Aquitaine, le long de l'actuelle Rn 113. Photo MSR
Situation de la Voie d'Aquitaine, le long de l'actuelle Rn 113. Photo MSR
Ses recherches ont révélé l’échelonnement, entre Carcasso et Tolosa, des stations d’Eburomagus (Bram), Sostomagus (Castelnaudary) et Elusiodonum (Montferrand d’Aude) le long du grand axe de pénétration routier et commercial que représente cette voie (7). Tout près d’Avignonet, les prospections engagées sur le territoire du village de Montferrand,  l’Elusio antique, déjà dans l’Aude, ont permis de prouver que cette dernière fut non seulement une station routière mais également une agglomération associée à une nécropole de l’Antiquité tardive dont l’ampleur  témoigne de l’habitat auquel elle se rattachait.

Vue de la colline de Montferrand, depuis les côteaux méridionaux dominant la Voie d'Aquitaine. Photo MSR
Vue de la colline de Montferrand, depuis les côteaux méridionaux dominant la Voie d'Aquitaine. Photo MSR

Au Ier siècle avant notre ère, l’agglomération possède un poste de douane qui prélève une taxe sur le commerce des vins sortant de la Narbonnaise. Au Haut-Empire, Elusio est un marché et une étape sur la voie, venant de Narbonne. Après la frontière (Fines) avec la cité de Carcassonne, il s’agit de la première agglomération appartenant à la cité de Toulouse, un carrefour vers les régions du sud du Massif Central. Elle doit alors prendre la forme des agglomérations routières étirées le long de la voie et constituées de grands bâtiments indépendants (auberges, magasins, ateliers, hangars..), privés et publics.
La présence d’un sanctuaire répondait aux besoins des voyageurs et l’on peut abonder dans le sens de Michel Passelac qui émet l’hypothèse que l’un des deux temples découverts était consacré à Jupiter Optimus Maximus, tout en accordant à cet espace sacré une empreinte politique.
Situé près de l’agglomération, à 150 mètres de la voie d’Aquitaine, l’ensemble dominait le grand axe de circulation.

Michel Passelac prend en compte la rareté des statues de cette taille, le fait qu’il s’agisse d’un Jupiter, divinité par excellence du culte officiel rendu dans les cités et les vici, près du sanctuaire de Monferrand, pour voir un déplacement de la statue de ce sanctuaire et son abandon sur le site de Marvail, durant l’Antiquité tardive ou au haut moyen âge, afin d’être réutilisée.
Peut-être devrait-on également songer à la présence en ce dernier lieu d’une chapelle, dite de Marvallhibus, dont Marie-Claude Marandet a retrouvé la trace dans le cadre de ses recherches dans les archives du diocèse de Saint-Papoul. Cet édifice existait encore, apparemment, au XVIIIe siècle (8). Louis de Santi faisait quant à lui référence, nous l’avons vu, à un autre lieu de culte, « Sainte-Marie-de-la-Platte », chapelle détruite à la fin du XIVe siècle. Á notre avis, la récupération d’un sanctuaire rural païen au profit d’au moins un lieu de culte chrétien, face à l’antique Elusio, aurait pu, par conséquent, représenter un lieu idoine pour le culte.

Type îconographique et statues de Jupiter découvertes en Gaule

Variété des ateliers de sculpteurs et contamination

A Lyon, le grand sanctuaire urbain de la Sarra au Clos du Verbe Incarné, a livré une tête de Jupiter colossale, d’époque sévérienne (9). Les cheveux sont, comme pour notre œuvre, divisés en deux parties au-dessus du front et forment de longues mèches bouclées. La barbe est dense. Le front est barré de deux rides horizontales. Si le trépan y est abondamment utilisé, les dimensions de cette tête correspondent à plus de la moitié de notre sculpture d’Avignonet.
Pour le Sud-Ouest, Nathalie de Chaisemartin (10) a relevé toute une série d’effigies, mises au jour en Gascogne, Guyenne et sud du Périgord, qui relevaient du culte jovien. Parmi elles, les plus impressionnantes sont les deux grandes statues issues du sanctuaire découvert à Mézin (Lot-et-Garonne), conservées au musée d’Aquitaine de Bordeaux. Le chercheur associe l’une des têtes de ce groupe au type antique, bien connu, du Jupiter Tonans-Brontaios tandis que le corps renverrait, toujours selon le même auteur, à celui du Jupiter Stator. Dans le même département, la villa antique d’Auriac-sur-Dropt (Lot-et-Garonne) a livré une tête de Jupiter dont l’anastolé est fortement marquée. Une autre effigie, conservée au musée de Périgueux, provient quant à elle d’Eymet (Dordogne). Nathalie de Chaisemartin a reconnu, dans ces deux dernières œuvres, des dérivés des portraits impériaux de l’époque d’Hadrien (11).
La statue d’Escornebœuf (Gers), publiée par Pierre Sillières (12), située à quelques centaines de mètres d’une chapelle, l’effigie, aujourd’hui acéphale, de Lectoure (13), sans oublier le Jupiter assis à l’aigle provenant du quartier du Garros à Auch et conservé au musée Saint-Raymond, complètent la suite des représentations joviennes du Sud-Ouest. Le corpus des œuvres relevant du culte de cette divinité est donc aujourd’hui relativement important dans cette aire géographique de la Gaule.
 
Jupiter d'Auch (MSR - photo MSR), Jupiter de Mézin (musée d'Aquitaine, Bordeaux - Photo : (c) Mairie de Bordeaux, photo de B. Fontanel) et Jupiter d'Escorneboeuf (musée de Lectoure - Photo d'après le Bulletin de la Société archéologique du Gers, 1973).
Jupiter d'Auch (MSR - photo MSR), Jupiter de Mézin (musée d'Aquitaine, Bordeaux - Photo : (c) Mairie de Bordeaux, photo de B. Fontanel) et Jupiter d'Escorneboeuf (musée de Lectoure - Photo d'après le Bulletin de la Société archéologique du Gers, 1973).

Tête d'Asclépios - musée archéologique régional Paolo Orsi, Syracuse. Photo P. Capus
Tête d'Asclépios - musée archéologique régional Paolo Orsi, Syracuse. Photo P. Capus
La datation du Jupiter d’Avignonet

L’utilisation appuyée du trépan représente une caractéristique trop systématiquement rattachée au IIIe siècle ; cette corrélation entre l’emploi insistant de cet outil et une datation à cette époque politiquement et économiquement tourmentée doit être en effet nuancée. Si cette période correspond, semble-t-il, à un essoufflement du culte jovien, gardons-nous de trop généraliser et prenons en considération la diversité des provinces et les différents courant culturels locaux qui n’obéissent peut-être pas aussi catégoriquement aux mêmes courants ni aux mêmes idéaux que ceux de l’Urbs.
Les mèches frontales, disposées en flammes, se divisent, au centre, en deux parties, formant l’anastolè qui, des portraits d’Alexandre à ceux de Marc Aurèle, connut une fortune esthétique assurée. Jupiter (on peut penser à celui du musée d’Aquilée) mais aussi Sarapis arborent en premier lieu, nous l’avons dit, cette coiffure. Le type révélé par le Jupiter d’Avignonet dépend d’une tradition relevant stylistiquement des dernières décennies du IIe siècle qui se prolonge durant au moins toute la première moitié du siècle suivant.
Au IIe siècle, l’influence des images impériales semble marquer plus précisément les images joviennes d’Aquitaine. Si la barbe divisée en deux parties et la chevelure abondamment frisée peuvent renvoyer à des types véhiculés par le portrait d’époque sévérienne (193-235), les deux rides profondes ou sillons glabellaires qui viennent barrer la partie inférieure du front sont caractéristiques non seulement des effigies de l’empereur de la lignée des Sévères, tel Caracalla, mais également, sans que ces derniers n’adoptent néanmoins véritablement cette triangulation des rides, des portraits des empereurs militaires du IIIe siècle : Maximin de Thrace ou de Gordien III, Trajan Dèce, Trébonien Galle, ou encore des empereurs illyriens : Claude le Gothique ou encore Aurélien.

C’est de cette période que daterait l’œuvre, selon le baron de Montgailhard, rapporteur de la découverte en 1903. Bien plus, le baron avait fait de notre sympathique Jupiter le portrait même de l’un de ces empereurs illyriens du IIIe siècle ; probablement avait-il un peu trop à l’esprit les monumentales effigies impériales dont, dès le Ier siècle, les empereurs julio-claudiens confirmaient l’assimilation du Princeps au summus deus.


Pascal CAPUS
Assistant de conservation principal
Responsable des collections numismatiques
et sculptures romaines
Musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse

[1] Inv. 1069.
 
[2] Bulletin de la Société Archéologique du Midi de la France, 1902-1903, pp. 228-232.
 
[3] Salomon Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine, Tome III, 1920, p. 7, n° 2.
 
[4] BSAMF, 1902-1903, p. 230.
 
[5] Idem.
 
[6] Michel Labrousse, Circonscriptions de Midi-Pyrénées in Gallia, Tome 38, fascicule 2, 1980, p. 475.
 
[7] Michel Passelac, « Elesiodunum ou Elusio , (Montferrand, Aude) », in Fiches J.-L. (dir.) Les agglomérations gallo-romaines en Languedoc-Roussillon , Lattes, Monographies d'Archéologie méditerranéenne,13, 2002, pp. 151-170.
 
[8] Marie-Claude Marandet, « Les lieux de culte du diocèse de Saint-Papoul à la fin du Moyen Âge, Archéologie du Midi médiéval, tome 8-9, 1990-9.

[9] Maria-Pia Darblade-Audoin, Philippe Thirion et Pierre André, « Les sculptures du clos du Verbe Incarné et du plateau de la Sarra à Lyon : apports à la connaissance du sanctuaire et du quartier antiques », Revue archéologique de l'Est, Tome 58, 2009.
 
[10] Nathalie de Chaisemartin, « Note sur les représentations sculptées de Jupiter en Aquitaine » in Bulletin de la Société française d’archéologie classique, 2002-2003, pp. 84-100.
 
[11] Nathalie de Chaisemartin, Le groupe de Taranis à l’enfant d’Eymet, 2001.

[12] Pierre Sillières, « A propos d'une statue de Jupiter récemment découverte à Escorneboeuf (Gers) », Bulletin de la Société archéologique du Gers, 1973, pp. 8-26.
 
[13] Nathalie de Chaisemartin, « Note sur les représentations sculptées de Jupiter en Aquitaine » in Bulletin de la Société française d’archéologie classique, 2002-2003, p. 91.

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